Le Puijila darwini

 
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Le Puijila darwini

Le Puijila darwini (son nom scientifique) est un « maillon manquant » entre son ancêtre ayant marché sur Terre et les phoques maritimes d’aujourd’hui, ainsi que leurs proches.

La plupart des gens pensent que toute forme de vie a évolué de la mer vers la terre. Le Puijila darwini démontre tout le contraire : une évolution qui s’est dirigée de la terre vers la mer.

L'image : Une reconstruction de Puijila darwini.

 
Point de vue en 3D : Le Puijila darwini
 
 
Une reconstruction du crâne de Puijila darwini.

L’importance de l’espèce

D’une longueur d’environ trois pieds, le Puijila darwini est un « maillon manquant » ou la transition entre certaines créatures terrestres datant du début de l’ère miocène et les phoques modernes d’aujourd’hui. Ceci fournit un registre fossile sur la façon dont certains mammifères adaptés au milieu terrestre sont retournés en mer.

 

La dérive des continents

La Terre change continuellement. Les continents de la planète se sont déplacés pendant des millions d'années et continuent à le faire aujourd'hui. Ce phénomène géologique est connu sous le nom de dérive des continents.

Des périodes de temps géologique précises sont associées à ces dérives, quand la température de l'air et la vie sur Terre étaient très différentes de ce qui se voit actuellement.

Puijila darwini existait pendant l'époque du Miocène, une période de la dérive continentale où la Terre ressemblait à ce qu'elle est aujourd'hui, mais sans les calottes glaciaires polaires.

Cette image interactive montre comment les continents de la Terre se sont déplacés au cours de millions d'années. Il y a de cela 400 millions millions d'années, les masses terrestres de la Terre étaient proches les unes des autres et à proximité de l'équateur. Environ chaque 100 millions d'années, il y avait des déplacements majeurs de masses terrestres. Depuis environ 10 millions d'années, les continents de la Terre ont occupé leur position actuelle.

Une carte du monde montrant les continents décalage entre 400 et 10 millions d'années.
 
Il y a 10 millions d'années
Il y a 400 millions d'années
 
 

Chasseur de jours noirs

 

Le Puijila darwini  vivait il y a environ 24 à 20 millions d’années. À cette époque, la masse terrestre qui est maintenant l’Arctique était située approximativement où elle est de nos jours. Ceci signifie que le Puijila darwini devait donc chasser sur terre et en mer la moitié de l’année à la noirceur totale (jours noirs sans soleil), et ce 24 h. sur 24 h.

Afin de s’adapter à cette condition extrêmement difficile, le Puijila darwini a évolué physiquement, se dotant d’énormes yeux pour mieux voir sa proie. Il a aussi développé de longues moustaches pour l’aider à repérer le poisson en eau profonde et trouble.

 

Un mammifère terrestre et marin

 

En tant que mammifère terrestre et marin, le Puijila darwini devait survivre en deux milieux extrêmement différents. Il devait pouvoir nager rapidement dans l’eau, et courir très vite sur terre.

Pour y arriver, il possédait des pieds palmés avec cinq doigts et orteils complètement formés. Ceci lui permettait non seulement de nager dans l’océan mais aussi de courir sur terre, pour possiblement attraper sa proie et échapper à ses prédateurs. Il est fort probable que sa fourrure était semblable à celle du phoque d’aujourd’hui, qui servait d’écran isolant très efficace en eau froide.

 

Un chasseur féroce

 

Le Puijila darwini était fort probablement un chasseur à la fois terrestre et aquatique. Pour y parvenir, son corps était sculpté de façon à lui permettre de se faufiler dans l’eau sans trop de résistance, tout en étant assez agile sur Terre pour chasser.

Mis à part ses pieds palmés, ses cinq doigts et orteils qui l’aidaient à chasser sur terre et en mer, il possédait aussi une structure de mâchoire très solide qui lui permettait de croquer à travers l’ossature de sa proie. Cette mâchoire était dotée d’une série de dents pointues pour mieux attraper et manger sa proie.

 

Vidéo

 

Comment cette espèce a-t-elle été découverte?

Voyez comment Puijila darwini a été découvert par des scientifiques du Musée canadien de la nature.

 

Transcription : Comment cette espèce a-t-elle été découverte?

Natalia Rybczynski
Paléontologue des vertébrés, Musée canadien de la nature :

Ici Natalia Rybczynski. Je suis paléontologue des vertébrés au Musée canadien de la nature à Ottawa.
Ma découverte m’excite beaucoup; c’est une nouvelle espèce, un nouveau genre et un chaînon manquant.
De plus, l’animal nous aide à comprendre les écosystèmes de l’Arctique et les mammifères qui y vivaient. Nous nous intéressons aussi à la relation qui existe entre l’évolution de ces systèmes et le changement climatique.
En 2007, nous sommes allés faire une expédition paléontologique à l’île Devon, au cratère Haughton.
J’ai mené cette expédition avec Mary Dawson, Ph. D., du musée Carnegie. À la fin de la saison, nous avions, en fait, découvert ce qui deviendrait un nouvel animal.
C’est un nouveau carnivore, un mammifère. À la fin de 2007, nous avions trouvé environ 65 % de son squelette.
Alors, en 2008, nous sommes retournés dans l’espoir de découvrir la boîte crânienne, et nous l’avons trouvée.

Claudia Shröder-Adams
Professeur, Université Carleton :
Je crois que cette découverte récente a créé tout un émoi dans le monde de la paléontologie. Elle répond à de grandes questions sur l’évolution.

Natalia Rybczynski :
Nous avons nommé l’animal Puijila darwini. Puijila est un mot inuktitut qui signifie jeune mammifère marin.
Ce qu’on voit ici, c’est un animal qui se situe entre un ancêtre terrestre et les phoques marins, les phoques à nageoires, qu’on voit aujourd’hui.
Un des premiers gestes que nous avons posés a été celui de balayer avec un faisceau laser tous les os du squelette, ainsi que ceux du crâne.
Ensuite, à l’aide d’une animation 3D, nous avons pu, par exemple, recréer le crâne et, en bout de ligne, tout le squelette.

Employé musée :
Il faut le voir.

Natalia Rybczynski :
Puijila a vécu dans l’Arctique il y a de 20 à 24 millions d’années. Nous l’avons trouvé dans un dépôt lacustre. Alors, nous savons qu’il vivait en eau douce.
S’il était vivant aujourd’hui, il aurait des pattes palmées, un corps comme celui de la loutre et une longue queue.
Il aurait aussi de grands yeux, une caractéristique du phoque moderne.
Il pouvait chasser et être très agile dans l’eau – comme la loutre et le phoque contemporains – mais, en regardant son squelette, on voit qu’il ressemble beaucoup à un mammifère terrestre ordinaire. Il pouvait donc aussi chasser sur la terre.
Auparavant, nous ne savions pas du tout comment la lignée du phoque était venue d’un ancêtre terrestre pour devenir totalement marine. C’est notre première preuve solide de l’existence d’un animal de transition.

Claudia Shröder-Adams :
Au fil de l’histoire et de l’évolution de la Terre, nous avons souvent vu des exemples d’adaptation de la nage à la vie terrestre.
Il s’agit ici d’un exemple de l’inverse, ce qui en fait une merveilleuse découverte.

Natalia Rybczynski :
Dans les écrits scientifiques, il est plutôt accepté que le centre d’origine le plus probable des pinnipèdes – le groupe qui inclut le phoque, le morse et l’otarie – se trouverait sur la côte Ouest de l’Amérique du Nord. Maintenant, Puijila , que nous avons découvert dans l’Arctique, vient ébranler un peu cette idée.

Employé musée :
On peut voir que les angles, entre autres, sont très semblables à ceux de nos espèces.

Natalia Rybczynski :
Nous sommes aux confins de nos connaissances de ce que l’histoire de l’Arctique a à nous révéler, et nous voyons, par exemple, des preuves d’un grand changement climatique.
Grâce à des découvertes comme Puijila , entre autres, nous avons une idée plus nette de la façon dont l’évolution, les organismes comme les mammifères, ont réagi à ce changement climatique.
Il s’agit réellement d’un grand bond en avant dans notre compréhension de l’évolution des pinnipèdes.

Claudia Shröder-Adams :
Cette découverte met le Canada en avant-plan, de même que la recherche paléontologique effectuée à ce musée, le Musée canadien de la nature.
Je suis sûre que bon nombre de scientifiques des quatre coins du monde prêteront attention à cette découverte.

---Fin.