Le Coryphodon

 
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Le Coryphodon

Quand l’Arctique était un endroit chaud et tropical, beaucoup de gros mammifères erraient ces terres.  Quoique la température de l’Arctique d’alors fût plus chaude que celle d’aujourd’hui, beaucoup de mammifères qui habitaient au nord du cercle polaire vivaient des mois à la noirceur totale, et des journées estivales sous un soleil de 24 h.

L'image : Une dent de Coryphodon.

 
Point de vue en 3D : Le Coryphodon
 
 
Une reconstruction de Coryphodon dans une forêt.

L’importance de l’espèce

Le Coryphodon (son nom scientifique) était un grand mammifère qui parcourait l’Arctique il y a de cela entre 51 et 59 millions d’années, devenant l’un des plus grands mammifères à habiter ce lieu depuis l’extinction des dinosaures. Son habitat étant un milieu forestier chaud et marécageux. Cette créature se déplaçait lentement, les muscles de son cou étaient très développés et puissants, ses jambes trapues et elle présentait de courtes défenses.

Les scientifiques ont excavé des fossiles de Coryphodon sur l’Île d’Ellesmere dans l’Arctique canadien, y compris une dent molaire de Coryphodon.  Grâce à l’analyse chimique des os fossiles, les scientifiques ont découvert que pendant l’été, le Coryphodon mangeait des fleurs, des feuilles et des plantes de marécage. À la noirceur de l’hiver, il dégustait des aiguilles de pin et des champignons.

 

La dérive des continents

La Terre change continuellement. Les continents de la planète se sont déplacés pendant des millions d'années et continuent à le faire aujourd'hui. Ce phénomène géologique est connu sous le nom de dérive des continents.

Des périodes de temps géologique précises sont associées à ces dérives, quand la température de l'air et la vie sur Terre étaient très différentes de ce qui se voit actuellement.

Cette image interactive montre comment les continents de la Terre se sont déplacés au cours de millions d'années. Il y a de cela 400 millions millions d'années, les masses terrestres de la Terre étaient proches les unes des autres et à proximité de l'équateur. Environ chaque 100 millions d'années, il y avait des déplacements majeurs de masses terrestres. Depuis environ 10 millions d'années, les continents de la Terre ont occupé leur position actuelle.

Une carte du monde montrant les continents décalage entre 400 et 10 millions d'années.
 
Il y a 10 millions d'années
Il y a 400 millions d'années
 
 

Le ratio cerveau‒corps

 

Autrefois le plus grand mammifère de son temps, le Coryphodon était une grosse créature d’environ 500 kg, à peu près de la même grosseur que l’hippopotame d’aujourd’hui.  La taille de son cerveau cependant ne pesait qu’environ 90 grammes, un trait qui le distingue comme étant le mammifère ayant l’un des plus petits coefficients d’encéphalisation de tous les temps.

 

Une dent qui parle ?

 

Les scientifiques ont découvert le régime alimentaire du Coryphodon en étudiant sa dentition.  Cette étude a non seulement révélé ce que mangeait la créature, mais aussi son comportement.  Beaucoup d’animaux migraient vers des climats plus chauds à l’approche de l’hiver.  Le Coryphodon ne migrait pas, en s’adaptant plutôt à deux types de sources alimentaires qui correspondaient à deux saisons distinctes.

 

Le dernier de son espèce

 

Toute espèce sur Terre évolue ou disparait complètement.  Le Coryphodon compte parmi les mammifères qui se sont éteints, et à cette date il ne semble pas avoir été l’ancêtre d’aucun autre mammifère.

 

Vidéo

 

La paléontologie arctique

Apprenez-en davantage sur l'environnement et les différentes espèces qui existaient alors que le Coryphodon parcourait la région arctique.

 

Transcription : La paléontologie arctique

Natalia Rybczynski
Paléontologue des vertébrés, Musée canadien de la nature :
Le fjord Strathcona de l’île d’Ellesmere est un important site fossilifère de l’Arctique canadien.
Il recèle les restes d’espèces de mammifères uniques au monde et nous renseigne sur la situation de l’Arctique pendant l’Éocène, il y a environ 50 millions d’années.
L’île d’Ellesmere est aujourd’hui un désert polaire. Ce diorama nous la présente telle qu’elle devait être au début de l’Éocène.
Je m’appelle Natalia Rybczynski. Je suis paléontologue des vertébrés au Musée canadien de la nature.
Dans le cadre de mes recherches dans l’Arctique, je collabore avec d’autres paléontologues, dont Mary Dawson du Carnegie Museum of Natural History.
Mary Dawson est une pionnière de la recherche paléontologique en Arctique. Elle a été la première scientifique, en 1975, à découvrir des vertébrés terrestres datant de l’Éocène dans l’île d’Ellesmere. Comme l’illustre le diorama, l’Arctique présentait, il y a 50 millions d’années, un milieu humide et marécageux, ressemblant aux actuelles forêts de cyprès chauves du sud des États-Unis.

Mary Dawson
Paléontologue, Carnegie Museum of Natural History :
La présence de vertébrés, dont des alligators et beaucoup de tortues, indique que le climat était alors fort différent du rigoureux climat arctique actuel. De plus, le régime particulier de l’alternance du jour et de la nuit, avec de longues périodes de clarté en été et d’obscurité en hiver, existait aussi pendant l’Éocène.

Natalia Rybczynski :
À cette époque, l’île d’Ellesmere abritait une luxuriante forêt d’arbres décidus. La région du fjord Strathcona était alors une vallée marécageuse sillonnée par un réseau fluvial développé qui se jetait dans une mer peu profonde. Ce riche écosystème réunissait toutes les conditions pour la préservation exceptionnelle des fossiles et la formation de charbon.
À la faveur de l’extinction des dinosaures, beaucoup de groupes modernes de mammifères ont fait leur apparition, dont les carnivores, les chauves-souris et les rongeurs.
Beaucoup d’espèces mises au jour au fjord Strathcona sont uniques au monde. Parmi ces fossiles figurent des restes de primates primitifs hautement spécialisés ainsi que de nombreux espèces de plagioménides.

Les plagioménides forment un groupe éteint qui a prospéré dans l’île d’Ellesmere. Ces mammifères étaient probablement arboricoles.
Selon certains chercheurs, ils seraient apparentés aux dermoptères.
Les primates, les plagioménides et les autres espèces de l’île d’Ellesmere n’ont été trouvés nulle part ailleurs.
L’existence d’espèces propres à l’Éocène arctique pourrait s’expliquer par la combinaison des conditions suivantes : une température et une pluviosité élevées et un cycle saisonnier extrême du jour et de la nuit.

Aujourd’hui, les fossiles de vertébrés reposent dans des couches comprimées de sédiments et de charbon – les restes des luxuriantes forêts de l’Éocène.
Les paléontologues utilisent ces strates de charbon exposées comme « marqueurs » pour repérer les fossiles. Ces couches procurent aussi de précieux renseignements sur les changements climatiques de l’Arctique.

Les fossiles sont petits et souvent très fragmentés à cause des cycles de gel et de dégel du pergélisol, ce qui en complique la découverte et la collecte.
Les fossiles du fjord Strathcona de l’île d’Ellesmere comptent parmi les premiers vertébrés terrestres datant de la période préglaciaire à être collectés dans l’Arctique.
Le fjord Strathcona et d’autres sites de l’Arctique, uniques au monde, revêtent un grand intérêt scientifique et doivent être protégés.
Les changements climatiques actuels ainsi que le développement des activités minières et touristiques au Nunavut menacent ces régions et d’autres sites tout comme les précieux fossiles qu’ils renferment.

En coopération avec le Nunavut, le Musée canadien de la nature assume la conservation de ces fossiles.
Cet engagement du Musée s’inscrit dans sa longue tradition d’exploration et de recherche arctiques.
L’étude de ces sites contribue à une meilleure compréhension de l’évolution du climat et des changements climatiques.
Elle nous fournit la seule occasion de jeter un coup d’œil sur un des rares moments où la Terre subissait un effet de serre extrême.

Comme les températures sont à nouveau en hausse à l’échelle de la planète, il nous faut préserver ces inestimables témoins pour mieux comprendre le réchauffement actuel.

---Fin.