Aventures dans l’Arctique – Le mercredi 8 août

Ce navire est sensationnel quand il s’agit de se déplacer dans les environs, mais que j’aime descendre à terre! Il y a tant de végétaux, et déjà beaucoup moins de temps pour les explorer. Dans certains endroits, les fleurs créent des taches de couleur pleines de vie sur le sol graveleux, mais là où nous nous arrêtons surtout, la toundra est un épais manteau animé. Et la mousse règne presque partout! Avec leurs colonies semblables à des éponges, les bryophytes fournissent un environnement chaud et humide qui permet à de nombreuses autres plantes de subsister. Des animaux minuscules habitent les tapis de mousses, tandis que ceux qui sont plus gros trouvent de quoi manger et s’abriter parmi les plantes qui y prennent racine.

Contrairement aux nombreuses plantes qui ont adopté une croissance lente pour éviter le vent sec et la neige abrasive de l’Arctique, les bryophytes sont naturellement petites. De plus, lorsque la rétention d’eau n’est pas une option, plusieurs mousses peuvent s’assécher complètement pour reprendre leur croissance dès que la pluie ou l’eau de fonte sont de retour – une façon de faire très pratique dans les environnements les plus hostiles du Canada! Quand on sait à quel point la croissance des mousses et des lichens est lente, surtout ici dans l’Arctique, le fait de voir des paysages qui en sont recouverts incite à la modestie.

S’il s’agissait d’un voyage de terrain habituel, je collecterais des centaines de spécimens pour documenter la faune qui se trouve ici. Dans ce voyage précis, plusieurs étudiants pressent des plantes dans leurs journaux en se servant de la même technique d’aplatissement et de séchage que les botanistes utilisent depuis des centaines d’années. Certains ont même recours à des bandes en lin pour les attacher, comme nous le faisons dans nos collections scientifiques au Musée canadien de la nature. Les plantes séchées et pressées sont faciles à ranger, et elles se conservent pendant des centenaires. Dans l’Herbier national du Musée, les plus anciennes ont été collectées en 1766. Celles que ces étudiants ont recueillies n’auront à peu près pas changé d’apparence quand les journaux seront devenus des trésors chéris par leurs arrière-arrière-petits-enfants.

Pendant que nous explorons la toundra, je suis à la recherche de la mousse arctique Bryum wrightii, parce que j’aimerais bien avoir des photos de ses magnifiques capsules enflées rouges. Elle a reçu son nom de Charles Wright (1811-1885), un botaniste américain des plus productifs qui a collecté le spécimen type quelque part le long du détroit de Béring au milieu des années 1850, au cours d’une expédition qui l’a aussi mené à Madère, aux Îles du Cap-Vert, au cap de Bonne Espérance, en Australie, à Hong Kong, au Japon et en Californie. Ses lettres révèlent qu’il n’était pas heureux de son hébergement et de ses coéquipiers puisque « personne à bord de notre navire ne manifeste d’intérêt pour la science ». Je n’ai pas trouvé la mousse Bryum de Charles Wright aujourd’hui, mais je me console dans le confort de notre navire, en compagnie de notre équipage assoiffé de science. Je regrette, Charles.