Iqaluit, Nunavut – Le jeudi 2 août

En raison du retard à Iqaluit, nous avons eu beaucoup à faire en botanique. Même s’il faut se préparer pour voir les baleines, les oiseaux et les fossiles, les plantes, elles, sont accessibles partout. Aujourd’hui, j’ai herborisé autour de la résidence où nous habitons à deux reprises, avec deux petits groupes différents. Ce n’est pas tout à fait comparable à l’étendue de la toundra à laquelle j’avais pensé; toutefois, un seul mètre carré de « terre inculte » peut contenir une très grande diversité biologique quand vous avez en main une loupe simple.

Hier, nous avons justement fait une randonnée le long de la Sylvia Grinnell River, et j’ai prêté des loupes simples à un petit groupe d’étudiants qui étaient prêts à garder les yeux sur les plantes en marchant. Nous nous sommes mis en route en ayant prévu une destination et une heure limite : les étudiants devaient être de retour à temps pour souhaiter la bienvenue à leurs invités et aux citoyens d’Iqaluit à l’occasion d’un barbecue. De plus, quelqu’un avait planifié une rencontre avec une aînée du nom d’Aalasi – l’auteure d’un livre que j’avais apporté dans mon matériel d’expédition – qui nous donnerait de l’information sur les plantes environnantes. Les loupes simples et les heures limites ne vont pas de pair, mais tout s’est quand même bien passé.

Aalasi portait un mouchoir de tête et s’affairait parmi les affleurements rocheux, comme certaines grand-mères s’affairent dans leur cuisine. Quand je suis arrivée sur les lieux, elle était en train de frotter des fleurs de gaulthérie entre ses paumes, en expliquant que ces fleurs servaient à quelque chose de très particulier : lorsqu’une jeune femme désirait se sentir un peu plus séduisante, elle parfumait ainsi ses mains pour ensuite les frotter sur ses joues et son cou. Je lui ai montré mon exemplaire de son livre, et elle s’est fait photographier avec le livre.

Aalasi m’a demandé si j’avais des questions pour elle. J’étudie les mousses, et il y en avait justement une tout près que les scientifiques nomment Polytrichum. Plusieurs livres mentionnent que la mousse sert habituellement à prolonger le tabac, à isoler, à absorber, à récurer les pots, etc., mais elle a beaucoup d’autres usages. En attendant les réponses avec anticipation, j’ai remis le Polytrichum qui, pour le moment, n’était qu’une mousse.

Pendant qu’Aalasi parlait, elle a relevé ses lunettes et rapproché la petite plante de ses yeux. Comme je voulais lui offrir une loupe simple, elle m’a interrompue en me disant que le Polytrichum avait un usage très spécial. « Nous l’utilisons quand quelqu’un a quelque chose dans un œil qu’il est impossible de sortir avec les doigts. Il est suffisamment doux pour ne pas endommager l’œil, mais assez robuste pour retirer ce qui s’y trouve. »

Aalasi s’est ensuite mise à la recherche d’une certaine racine à la fois savoureuse et nutritive. Ceux qui l’ont suivie ont beaucoup appris. Après avoir enfin récolté l’insaisissable renouée à l’aide d’un déplantoir en plastique bleu puis avoir partagé ce délice à la saveur de noisette, elle était prête pour le repas du midi. Avant que nous partions, elle a frotté quelques fleurs qui se détachaient de la gaulthérie sur un des visages reconnaissants parmi son groupe.

Quelle chance d’avoir passé un peu de temps dans la présence de cette personne sage, comique et à l’esprit pratique! Merci, Aalasi!