Lady Franklin Island – Le dimanche 5 août

Dans les nouvelles, nous avons beaucoup entendu parler des conséquences du changement climatique et du réchauffement planétaire sur l’ours blanc. Certains articles ont mentionné que des ours nageant loin des côtes avaient été aperçus et que le nombre de ceux qui s’étaient noyés avait augmenté.

Il était donc particulièrement approprié de voir trois ours nager dans la masse de glaces flottantes au cours de notre première observation pendant cette expédition de Students on Ice (SOI). C’était ma 9e expédition SOI consécutive, et j’avais déjà vu des ours blancs; toutefois, la présence de cette femelle et de ses deux gros oursons qui nageaient dans la mer se révélait une expérience nouvelle et excitante aujourd’hui. Il était intéressant de noter qu’ils ne cédaient pas à la panique. Ils maintenaient simplement le cap, et nous avons ralenti le navire pour nous tenir près d’eux.

Étant un biologiste qui s’intéresse au comportement des animaux de l’Arctique, je passe souvent de longues heures à surveiller des mammifères et à noter leurs agissements. Par contre, je suis surtout habitué à observer les ours blancs sur terre. Mon expérience précédente se limitait à la station de recherche du Musée canadien de la nature sur Bathurst Island, laquelle est située sur une corniche qui surplombe la Polar Bear Pass, une large vallée à végétation dense où habitent le boeuf musqué, le caribou et plusieurs espèces d’oiseaux nicheurs. Nous y voyions surtout des ours blancs solitaires traverser l’île environ une fois par mois, et de loin. Ils fouillaient des carcasses de boeufs musqués morts, chassaient le caribou, poursuivaient les lemmings dans la neige et dormaient pendant plusieurs heures. Étant donné que nous ne portions jamais d’armes à feu, nous nous inquiétions toujours à leur sujet, certains chercheurs ayant même vécu des incidents traumatisants en présence d’ours dans le camp ou sur le terrain.

Alors, c’était vraiment rafraîchissant d’observer ces trois ours poursuivre leurs activités normales, malgré les centaines d’yeux et d’appareils photo rivés sur eux. Regarder les oursons s’amuser à rouler sur les glaces flottantes, les voir s’affronter et affronter la mère, puis se serrer les uns contre les autres afin de dormir dans un grand amas de poils, voilà qui était une expérience unique et savoureuse.

Je me demande cependant combien de nos étudiants ont vraiment réalisé le privilège exceptionnel dont ils ont bénéficié aujourd’hui, étant donné qu’ils sont habitués à voir des prises de vue animalières de ce genre à la télévision, et que nous avons accès à des documentaires incroyables.

Après avoir laissé les ours, j’ai parlé à Madeleine Redfern, l’ancienne mairesse d’Iqaluit. Elle m’a fait remarquer que les aînés et les chasseurs inuits parlent d’ours qui passent énormément de temps en haute mer. Ils les appellent les « oursons d’eau ». J’ai vraiment hâte de connaître l’information qui sera partagée entre les éducateurs inuits et inuvialuits, et les étudiants de cette expédition.